
Christine Laure, enseigne de prêt-à-porter fondée en 1961 à Gray, a vu sa société historique LES CREATIONS LTN placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Dijon le 1er décembre 2025. La marque n’a pas disparu pour autant : ses actifs ont fait l’objet d’une cession à la holding Amoniss, maison mère de Pimkie, validée par l’Autorité de la concurrence à l’été 2026.
Ce transfert redessine l’avenir d’une enseigne qui comptait encore 127 magasins et 284 salariés quelques mois avant la liquidation.
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Liquidation de LES CREATIONS LTN et cession des actifs Christine Laure : chronologie juridique
La distinction entre la société et la marque est le point de départ de toute analyse. LES CREATIONS LTN, structure juridique historique de Christine Laure, a demandé son placement en redressement judiciaire le 28 août 2024. À cette date, l’enseigne revendiquait 145 magasins en France (dont 51 affiliés), 380 salariés et un chiffre d’affaires de 61 millions d’euros pour 2023.
La période d’observation a été prolongée en janvier 2025. Malgré le plan interne baptisé Horizon 2026 porté par la direction, le réseau s’est réduit à 127 magasins et 284 employés. Le tribunal de commerce de Dijon a finalement converti la procédure en liquidation judiciaire le 1er décembre 2025.
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Ce basculement a ouvert la voie à une cession d’actifs, et non à une continuation de la société. Depuis la fermeture définitive de Christine Laure sous sa forme juridique d’origine, le futur de la marque repose sur un mécanisme classique du droit des entreprises en difficulté : la reprise par un tiers des éléments exploitables (enseigne, stocks, contrats d’affiliés) sans reprendre le passif.
| Date | Événement | Conséquence |
|---|---|---|
| 28 août 2024 | Redressement judiciaire de LES CREATIONS LTN | Période d’observation, gel des dettes |
| Janvier 2025 | Prolongation de la période d’observation | Maintien du réseau réduit (127 magasins) |
| 1er décembre 2025 | Liquidation judiciaire | Recherche de repreneur pour les actifs |
| 5 août 2026 | Décision 26-DCC-167 de l’Autorité de la concurrence | Autorisation de la reprise par Amoniss |

Décision 26-DCC-167 : ce que le contrôle de concentration révèle sur le périmètre repris
La plupart des articles évoquent la reprise de Christine Laure par Amoniss sans détailler le cadre réglementaire. La décision 26-DCC-167 du 5 août 2026 apporte des précisions significatives sur la nature de l’opération.
L’Autorité de la concurrence a autorisé la prise de contrôle exclusif des actifs Christine Laure par Amoniss dans le cadre d’une procédure simplifiée. Le raisonnement repose sur deux constats : l’opération ne présente pas de risque sérieux pour la concurrence sur le marché du prêt-à-porter féminin en France, et elle permet de préserver un réseau de magasins ainsi que des emplois dans un secteur marqué par les fermetures et les plans de sauvegarde de l’emploi.
Le périmètre repris comprend la marque Christine Laure elle-même, les stocks disponibles et les contrats liant l’enseigne à ses magasins affiliés. En revanche, la société LES CREATIONS LTN reste en liquidation. Les dettes accumulées, les baux des boutiques non reprises et les contentieux sociaux éventuels ne font pas partie du lot cédé.
Ce que signifie la procédure simplifiée
Une procédure simplifiée de contrôle des concentrations indique que l’Autorité n’a pas identifié de chevauchement problématique entre les activités d’Amoniss (qui contrôle Pimkie) et celles de Christine Laure. Les deux enseignes ciblent des segments de clientèle distincts par l’âge et le positionnement prix.
Ce feu vert rapide suggère aussi que le réseau repris est sensiblement plus petit que celui d’origine. Un réseau de 145 magasins aurait pu soulever davantage de questions sur la concentration locale dans certaines galeries commerciales.
Christine Laure sous Amoniss : les contraintes d’une relance dans le prêt-à-porter physique
La reprise par Amoniss ne garantit pas un retour à la situation antérieure. Plusieurs facteurs structurels pèsent sur la viabilité d’un réseau de boutiques en galerie commerciale ciblant les femmes de plus de 40 ans, du 36 au 52.
- Le modèle des magasins affiliés, qui représentaient environ un tiers du réseau avant le redressement, repose sur des partenaires indépendants. Convaincre ces affiliés de poursuivre sous une nouvelle structure juridique suppose de leur présenter des conditions commerciales attractives et une marque dont l’image n’a pas été trop abîmée par la liquidation.
- Le secteur du prêt-à-porter physique en France continue de perdre des points de vente. Les fermetures de boutiques ne sont pas propres à Christine Laure : elles touchent aussi bien la fast fashion que le segment moyen de gamme.
- La clientèle fidèle constitue le principal actif immatériel de la marque. Les clientes habituées aux tailles larges et au positionnement accessible ne se reportent pas automatiquement vers d’autres enseignes si Christine Laure rouvre sous pavillon Amoniss.
Complémentarités possibles avec le réseau Pimkie
Amoniss dispose déjà d’une infrastructure logistique et d’un savoir-faire en gestion de réseau via Pimkie. Les complémentarités potentielles portent sur la mutualisation des achats, la négociation des baux commerciaux et éventuellement le partage de certains espaces de vente.
À l’inverse, le risque de cannibalisation reste limité. Pimkie vise une clientèle plus jeune avec un positionnement fast fashion, tandis que Christine Laure se positionne sur un segment plus classique et une gamme de tailles plus étendue. Les deux marques n’adressent pas les mêmes acheteuses.

Marque Christine Laure en 2026 : vente en ligne et repositionnement
La question de la vente en ligne reste ouverte. Avant le redressement, Christine Laure disposait d’un site e-commerce dont le poids dans le chiffre d’affaires global n’était pas dominant. Pour une enseigne dont la force reposait sur le conseil en boutique et l’essayage physique, le digital représente un levier de croissance mais aussi un investissement significatif.
Le repositionnement de la marque dépendra des choix d’Amoniss en matière de gamme et de prix. Conserver l’identité Christine Laure (tailles du 36 au 52, prêt-à-porter féminin accessible, ancrage français) tout en modernisant l’offre est un équilibre délicat. Trop changer reviendrait à perdre la clientèle historique. Ne rien changer exposerait l’enseigne aux mêmes difficultés qui ont conduit à la liquidation de LES CREATIONS LTN.
La décision de l’Autorité de la concurrence a posé le cadre juridique. Le sort réel de Christine Laure se joue maintenant sur le terrain commercial : nombre de magasins rouverts, maintien du réseau d’affiliés, capacité à attirer de nouvelles clientes sans perdre les anciennes. Les prochains mois détermineront si la marque fondée en 1961 à Gray entame une seconde vie ou reste un nom sur un jugement de liquidation.